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Owning Our Histories – Les jeunes documentent le quartier chinois et le Montréal noir

22.07.2026

Gauche à droite: Chloe Martin, Nico Ng Shan Linh, Jephte Joseph, Yixin Cao, Jessica Williams-Daley, Kristian Maureen-Rousse, Annie Thảo Vy Nguyễn

Le 20 février 2026, l’ARCMTL a organisé un événement au Chinatown House, un espace communautaire géré par la Fondation JIA, afin de présenter deux projets menés par des jeunes visant à documenter et à transmettre l’histoire et le patrimoine de leur communauté. Cet événement s’inscrivait dans le cadre de la série « Owning Our Histories : Celebrating DIY Archives from Queer and BIPOC Montreal » (Une célébration des archives queers et PANDC de MTL) — une série de dix événements gratuits consacrés à l’archivage communautaire.

Le premier projet était un balado en six épisodes du Black Community Resource Center intitulé « Trains of Thought », un hommage à Stanley Grizzle : porteur de wagons-lits et militant pionnier des droits civiques. Trois des jeunes qui y ont participé, Kristian Maureen-Rousse, Jessica Williams-Daley et Jephte Joseph, ainsi que la coordonnatrice du projet, Ayana Monuma, étaient présent·es pour parler du processus et de certains des enseignements tirés. Nous avons également accueilli des membres de la Jeunesse Quartier Chinois : Nico Ng Shan Linh, Yixin Cao et Annie Thảo Vy Nguyễn, qui ont présenté leurs circuits pédestres sur la justice sociale. Ces deux initiatives consistaient à recueillir des témoignages oraux, à combler le fossé intergénérationnel au sein de la communauté et à relier le passé au présent de manière créative et captivante.

« Trains of Thought » été lancé en 2024, dans le cadre duquel six jeunes se sont réunis pour mener, pendant plusieurs mois, des recherches sur la vie de Stanley Sinclair Grizzle et l’histoire des porteurs noirs dans les wagons-lits à Montréal. Ils ont ensuite pu choisir un aspect de cette histoire qui les interpellait – qu’il s’agisse de l’expérience de voyager en tant que personne noire, des syndicats et de la solidarité multiculturelle, ou encore des récits sur la vie des immigrants et leur résilience – et créer un épisode de balado, mêlant les récits de Grizzle, leurs propres points de vue et des entrevues avec des membres de la communauté.

Kristian Maureen-Rousse : « Les porteurs de wagons-lits étaient des hommes qui travaillaient à bord des trains et qui, la plupart du temps, parcouraient tout le Canada. Ils étaient en quelque sorte, je dirais, des assistants personnels, mais c’est une façon très gentille de le dire, car ils faisaient tout : du cirage de chaussures au nettoyage des crachoirs, en passant par le fait d’être à la disposition des passagers, qui étaient majoritairement blancs. De plus, les porteurs de wagons-lits étaient, pour la plupart, des hommes noirs, car c’était l’un des rares emplois offrant une « sécurité de l’emploi » – et j’utilise ce terme de manière très vague – à cette époque. »

Ayana Monuma : « C’était un travail éreintant. L’un des emplois les mieux rémunérés pour les hommes noirs. Ils passaient des heures, voire des jours entiers, dans les trains. Par exemple, lors de trajets de 72 heures, ils dormaient à peine, peut-être trois heures en tout et pour tout, car ils devaient s’occuper de tous les passagers et faire le ménage. À l’époque où ce métier a vu le jour, il n’y avait pas de syndicat. Donc, quoi qu’il arrive, ils devaient simplement faire face à la situation et pouvaient être licenciés simplement pour avoir tenté d’assurer la sécurité d’un passager ; si ce passager n’appréciait pas ce qu’on lui disait, ils pouvaient être réprimandés puis licenciés.

Porteurs noirs, fonds de Stanley G. Grizzle, Library and Archives Canada

Stanley Sinclair Grizzle était préposé aux wagons-lits. Et, malgré ces conditions de travail difficiles, il a contribué à la création du premier syndicat noir, ce qui explique pourquoi son nom et son rôle revêtent aujourd’hui une grande importance pour la communauté noire dans l’histoire du Canada. Au fil du temps, il a toutefois accompli de grandes choses : il est notamment devenu militant des droits civiques et juge. »

Chaque podcasteur a parlé du sujet qu’il avait choisi et de ce qui l’avait inspiré.

Kristian, dont l’épisode portait sur la reconquête d’espaces par les voyageurs noirs, a expliqué que son lien avec le projet venait de son arrière-grand-père, qui était lui-même porteur de wagon-lit et contemporain de Grizzle.

Kristian Maureen-Rousse : « Mon arrière-grand-père était vraiment quelqu’un de très proche pour moi. Ce qui nous unissait, c’était l’histoire et la géographie ; je passais donc beaucoup de temps chez mes arrière-grands-parents quand j’étais petite, et nous avions cet immense atlas. Notre rituel consistait littéralement à aller dans sa chambre, à passer du temps ensemble, à ouvrir les atlas nous les parcourions attentivement, il me montrait sur la carte les endroits où il était allé, puis il se lançait dans ces histoires vraiment longues, intenses et magnifiques sur la Seconde Guerre mondiale, qu’il n’aurait probablement pas dû raconter à un enfant de 7 ans avant son coucher.

Et dans ma tête, je me disais toujours : « Ce ne sont que des contes un peu fous. » Puis j’ai grandi et j’ai réalisé : « Oh, mais c’est de l’histoire bien réelle, vivante et tangible. » Et pour faire le lien avec Grizzle, mon arrière-grand-père et Grizzle sont nés la même année. C’était un véritable contemporain de Grizzle. Ils vivaient leur vie et connaissaient de nombreux parallèles à la même époque, et j’ai découvert qu’ils avaient suivi des parcours très similaires. »

Jessica, dont l’épisode portait sur les syndicats, a également évoqué un lien familial avec son sujet.

Jessica Williams-Daley : « Je viens en fait d’une famille syndiquée. Ma mère est présidente de son syndicat au sein de la CSN dans le secteur hôtelier.

En grandissant, en la voyant se battre pour ses collègues, ces longs coups de fil, ces difficultés, en entendant parler de toute la discrimination et de toutes les injustices qui se produisent sur les lieux de travail… Je trouve que cela m’a vraiment permis de m’identifier à l’aspect émotionnel de ce que vivaient bon nombre de porteurs noirs. Et de voir comment quelqu’un qui est confronté à ces difficultés peut intérioriser tout cela sans simplement rester dans sa bulle – en prenant action, en se mobilisant, en ralliant des gens à sa cause et en se battant véritablement pour ce changement.

J’ai vraiment ressenti un lien personnel avec eux. Cela m’a vraiment motivé à approfondir mes recherches, à comprendre ce sentiment d’appartenance à un syndicat, ce qu’il peut apporter à diverses communautés et comment il les a influencées tant sur le plan législatif que social. »

Pour Jephte, ce qui ressortait le plus de l’histoire des porteurs noirs, c’était vraiment l’expérience des immigré·es.

Jephte Joseph : « Je viens d’Haïti, mais j’ai vécu aux Bahamas et je vis actuellement à Montréal. J’essayais donc de trouver un lien, de voir à quel point nos vies se ressemblent. Par exemple, souvent, on quitte son pays où l’on est bien établi, puis on s’installe dans un autre pays qui nous oblige à faire preuve d’humilité. J’ai donc essayé de trouver le lien entre mon histoire et les leurs. C’était mon approche. »

Ayana, Kristian, Jessica et Jephte ont réfléchi au processus de recherche, à leur visite à Bibliothèque et Archives Canada, à la manière dont le projet a changé leur regard sur l’histoire des Noirs au Canada, et à ce qu’ils aimeraient voir se réaliser à l’avenir.

Kristian Maureen-Rousse : « Nous avons tous été victimes d’un système scolaire québécois très centré sur la culture blanche. Si je pense simplement à mon histoire personnelle, si je n’avais pas eu une famille qui m’avait vraiment dit : ‘Voilà ton armure avant de partir à la découverte du monde ; les gens essaieront de te dire qui tu es. Tu dois savoir qui tu es’, je n’aurais rien su [de l’histoire des Noirs à Montréal]. Donc, je pense que mon espoir c’est simplement que l’on comprenne que nous avons des racines ici et que nous continuerons d’y avoir des racines.

Une grande partie de l’histoire nord-américaine s’est construite sur le dos des personnes marginalisées, et je pense que tous les deux ou trois ans, un événement viendra le rappeler aux gens. Mais ensuite, c’est un peu « la cause du moment », puis on passe à autre chose. Idéalement, j’espère que le dialogue se poursuivra, qu’il continuera et qu’il ira de l’avant. »

Jessica Williams-Daley : « J’ai également remarqué un aspect triste au sein de notre communauté : beaucoup de nos aîné·es ont traversé tant d’épreuves qu’ils semblent être devenu·es muet·tes. Ils ne veulent pas en reparler. Beaucoup de traumatismes. C’est pourquoi, au sein de différents groupes auxquels j’ai appartenu, j’insiste vraiment sur l’importance de créer des liens entre les jeunes et nos aîné·es. Pour essayer de faire remonter ces traumatismes à la surface. Et cela ne doit pas nécessairement se faire de manière directe. Ça peut aussi passer par la cuisine à travers l’histoire, ce genre de choses. Je trouve qu’il faut adopter différentes approches pour faciliter le partage de ce genre d’histoires et rendre cela naturel. »

Jephte Joseph : « Oui, je suis d’accord. Je pense qu’il est très important d’archiver ces récits. En tant qu’Haïtiens, nous avons migré d’un endroit à l’autre. Ma grand-mère vient de nous quitter, mais heureusement, elle a pu partager certaines de ces histoires avec ma tante, qui pourrait à son tour me les raconter.

Mais si — Dieu nous en préserve — ma tante venait à nous quitter, toutes ces histoires seraient perdues. Je pense qu’il est essentiel que nous trouvions un moyen de vraiment archiver ces témoignages, car si Grizzle n’avait jamais archivé son travail, nous ne serions pas ici aujourd’hui pour raconter les histoires des porteurs de wagons-lits. »

Les six épisodes de Trains of Thought sont disponibles sur toutes les plateformes de podcasts.

Nous avons ensuite entendu Nico Ng Shan Linh, Yixin Cao et Annie Thảo Vy Nguyễn, de l’association « la Jeunesse Quartier Chinois / Chinatown Youth ».

Nico Ng Shan Linh : « Nous sommes un collectif local animé par des jeunes, basé à Chinatown, et notre mission est de favoriser l’engagement et l’intérêt des jeunes pour Chinatown en leur offrant des parcours éducatifs et des initiatives de renforcement de la communauté. Nous souhaitons simplement que les gens s’impliquent davantage dans notre quartier de Chinatown.

Les différences générationnelles, mais aussi les nombreuses difficultés financières, rendent très difficile l’implication des gens à Chinatown. Il existe également des barrières linguistiques et un manque d’accès à des logements décents au sein même de Chinatown, ce qui n’est pas seulement dû aux différences générationnelles, mais aussi, comme nous le savons, à une forte gentrification. Ce manque d’accessibilité dans ce quartier reflète également l’histoire de Chinatown.

Mais nous restons ici. Nous aménageons et partageons les espaces, et nous devons beaucoup aux générations précédentes. Nous encourageons vivement les jeunes à s’approprier cet espace, à se faire une place pour eux-mêmes et pour les autres. Et nous y parvenons en organisant toute une série d’événements et d’autres programmes.

Aujourd’hui, nous allons parler du programme d’apprentissage Tour de justice sociale. Qu’est-ce qu’un tour de justice sociale ? Il s’agit essentiellement d’une visite guidée à pied axée sur le partage des connaissances, qui met l’accent non seulement sur l’histoire de Chinatown, mais aussi sur les enjeux politiques, sociaux et culturels actuels qui façonnent nos quartiers aujourd’hui. Ces visites soulignent également l’importance de l’histoire orale, car de nombreux récits ne se transmettent que de cette manière.

Les tours de justice sociale ne sont pas une nouveauté. Ce n’est pas quelque chose que nous avons inventé. Il s’agit de visites guidées qui, historiquement, étaient animées par les générations plus âgées. Nous voulions former des jeunes à animer ces visites, afin qu’ils puissent s’instruire et accéder à des lieux très difficiles d’accès à Chinatown.

Ainsi, à partir de novembre 2024, un groupe de 11 jeunes ayant des liens personnels variés avec Chinatown – et pas seulement d’origine chinoise – a participé à ces ateliers et séminaires. Pendant au moins six mois, nous nous sommes réunis une fois par mois pour discuter de diverses questions dans différents lieux de Chinatown. Tout ce processus a abouti à la capacité de ces jeunes à animer leurs propres visites guidées.

Nous avons d’abord commencé par une visite d’initiation à Chinatown, juste pour acquérir les bases, puis nous avons rencontré quelques militant·es du quartier.

Nous avons organisé un atelier consacré à la présence queer à Chinatown. Ce fut vraiment intéressant et cela a d’ailleurs inspiré l’un·e d’entre nous à réorienter son mémoire de maîtrise. Nous avons animé plusieurs séminaires, dont un où j’ai parlé de l’esthétique de Chinatown, ce qui a également inspiré mon mémoire. Nous avons proposé une visite guidée sur les potins à Chinatown. Beaucoup d’éléments faisaient le lien avec le quartier chinois de Montréal-Nord, la sœur de notre Chinatown. Nous proposons des visites guidées sur la justice en matière de logement, ainsi que des visites consacrées aux peuples autochtones et à la gastronomie, etc. »

Yixin a parlé de son tour intitulée « Regarder les gens regarder le Quartier chinois », qu’elle a également transformée en zine que nous avons fait circuler.

« Regarder les gens regarder le Quartier chinois », zine par Yixin Cao

Yixin Cao : « Le projet s’inspire du titre d’un livre de Siri Hustvedt intitulé *Une femme qui regarde des hommes qui regardent des femmes*, et est né du constat qu’il existait de nombreux écrits sur Chinatown – journaux, livres, rapports – qui n’étaient pas rédigés par des membres de la communauté de Chinatown. Je me suis dit : “Bon, peut-être que ça m’intéresserait d’analyser ces sources et d’y apporter simplement un commentaire.” C’était l’intention initiale. Puis, le projet a évolué vers une réflexion sur la manière dont les gens perçoivent Chinatown, que ce soit à travers le prisme du tourisme ou celui de la surveillance. »

Dans le cadre de sa visite guidée, Yixin a emmené les participants à l’intérieur du complexe Guy Favreau, ce qui a pu paraître un choix étrange pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de Chinatown.

Yixin Cao : « Ce complexe a été construit dans les années 80. De nombreux mégaprojets ont vu le jour à Chinatown à cette époque.

En gros, il y avait donc des épiceries, des logements familiaux et une église. Cette église venait de récolter suffisamment de fonds auprès de la communauté pour construire un quatrième étage afin d’étendre ses activités et ses services destinés aux enfants, aux écoles de langues, etc. Peu de temps après avoir récolté tout cet argent, elle a reçu un avis d’expulsion en raison de la construction du projet « Guy Favreau ». La justification officielle avancée était qu’il n’y aurait aucune résistance à Chinatown.

Et un tiers de Chinatown a été détruit dans le cadre de ce projet. Il y a eu de nombreuses négociations avec les responsables communautaires de l’époque, ce qui leur a permis d’obtenir quelques petits avantages dans le cadre de ce projet, comme la création d’un centre de loisirs accessible à la communauté (qui n’existe plus aujourd’hui), la mise en place de logements sociaux, ou encore la création d’un parc, qui existe toujours, mais dont les gens connaissent peu l’existence. J’ai trouvé que c’était une visite intéressante à inclure et que cela valait la peine d’en parler du point de vue de la communauté de Chinatown, et pas seulement en tant que touriste ou personne en passage. »

L’approche d’Annie pour ce projet était un peu différente : au lieu d’une visite guidée, iel a créé un jeu de cartes dans le but d’amener les participants à réfléchir ensemble à leur perception de Chinatown et à leur rapport à ce quartier, et peut-être à nouer des liens dans le processus.

Annie Thảo Vy Nguyễn : « Donc, on lancerait les dés, puis on tomberait sur l’une de ces catégories de cartes. Par exemple, le récit : on pourrait alors se voir poser des questions, ou être invité à partager avec ses interlocuteurs des moments marquants vécus à Chinatown. Et puis il y aurait des cartes plus « méta », qui inviteraient à l’imagination. Des questions telles que : si vous pouviez remonter à n’importe quel moment du passé à Chinatown, que voudriez-vous voir ? Que voudriez-vous immortaliser ? Ou dans le futur, disons en 2050. Ou encore, si vous gagniez 10 millions de dollars, que feriez-vous à Chinatown ? Beaucoup de questions qui peuvent paraître un peu farfelues et ridicules, mais qui nous font en réalité réfléchir au-delà de la situation actuelle. Et puis j’aurais aussi, dans le jeu, des cartes pour rédiger des questions. Par exemple : si vous pouviez poser une question à un bâtiment, que voudriez-vous lui demander ? Parce que le fait d’inventer des questions est en soi un acte qui consiste à intégrer des connaissances, à assimiler et à traiter des informations. »

Groupe d’apprentissage sur le Quartier chinois, Quang Hai Nguyen

Nico Ng Shan Linh : « Oui, il y a les visites guidées elles-mêmes, et beaucoup d’entre nous se sont de plus en plus impliqués dans la vie de Chinatown. Mais je pense que simplement éduquer les gens ne suffit pas ; il faut aussi créer des espaces pour eux, favoriser la familiarité entre les personnes, mais aussi entre les lieux.

J’ai commencé à considérer les bâtiments et les villes plus comme des espaces d’archives. Surtout quand on s’intéresse de plus près à l’histoire qu’ils peuvent receler. Par exemple, nous sommes juste à côté du bâtiment Wings, qui a été classé monument historique en 2022. Aux XVIIIe et XIXe siècles, c’était une école britannique. Puis, au fil du temps, ce bâtiment a été transformé en usine, l’usine de nouilles Wings. Et ce bâtiment en dit beaucoup : ses traces, issues des différentes rénovations qui y ont été effectuées, les différences entre les briques. J’adore également le bâtiment juste à côté, là-bas : c’est le bâtiment Davis and Sons, qui était autrefois une église. Et si vous prenez vraiment le temps de l’observer, vous pouvez encore voir les hautes fenêtres de l’église, les piliers, les colonnes, et la façon dont la brique rouge contraste avec la brique grise. Les bâtiments eux-mêmes ont donc tant à raconter.

Et ça m’a amené à réfléchir à ce qu’on pouvait découvrir d’autre sur ces bâtiments. J’ai donc commencé à fouiller de plus en plus dans les archives, juste pour essayer de trouver des informations sur ces bâtiments. Et bien souvent, je me suis rendu compte que les archives de Chinatown n’étaient pas à la hauteur. Et je sais que Yixin a rencontré le même problème. Souvent, Chinatown n’est qu’une simple toile de fond sur les photos, n’est-ce pas ? Chinatown était visuellement intéressant et, la plupart du temps, c’est tout ce que représente Chinatown pour les gens. C’est un endroit où ils peuvent venir consommer. On y mange très bien, mais Chinatown, c’est bien plus que cela. Il témoigne d’une histoire de l’immigration. Il témoigne d’une histoire d’exclusion. Il témoigne d’une histoire que nous voulons créer aujourd’hui. Il y a aussi tellement de bâtiments vides à Chinatown, et beaucoup sont fermés parce que les gens, les promoteurs immobiliers, veulent simplement en tirer profit, alors que nous, les jeunes du quartier chinois, et tant d’autres groupes, voulons faire quelque chose de cet espace. »

Une fois les présentations des deux groupes terminés, nous avons eu l’occasion d’avoir une grande discussion tous ensemble, au cours de laquelle les jeunes de « Trains for Thought » et ceux de la Jeunesse du Quartier chinois ont échangé leurs points de vue sur l’archivage communautaire. Ils ont notamment parlé de la manière dont leurs recherches avaient modifié leur rapport au paysage montréalais, de l’importance de tisser des liens avec les aîné·es,, ainsi que de la responsabilité qu’ils ressentent de préserver l’héritage et l’histoire de leurs communautés.

Annie Thảo Vy Nguyễn : « Je pense que l’un des défis au sein de la Cohorte pour la justice sociale était la responsabilité que nous ressentions face à la générosité de nos aîné·es, qui venaient et prenaient le temps de partager leurs histoires. Avoir l’occasion de faire des recherches, de parcourir les archives, tout ça. Et plus nous en apprenons, plus nous ressentons aussi la pression de transmettre et de perpétuer l’héritage du travail que la génération précédente accomplit et a accompli. Les zines, les jeux et toutes ces méthodes d’engagement sont là pour essayer de rendre cela moins paralysant. Et aussi simplement pour nous considérer comme un groupe de jeunes. Nous essayons en quelque sorte de réaffirmer cette idée dans notre esprit : nous n’avons pas besoin de tout comprendre. Mais c’est quelque chose qui nous tient tellement à cœur, de faire partie de la communauté et d’occuper la place qui est la nôtre. »

Kristian Maureen-Rousse : « À un certain moment, on vieillit et on se rend compte : “Oh, c’est à moi de représenter la prochaine génération. Que vais-je en faire ? Qu’est-ce que je souhaite retenir de la génération précédente, ce dont je lui suis reconnaissant ?” Parce que pouvoir échanger avec eux est un privilège, et tout le monde n’a pas cette chance. J’ai l’impression que plus on reprend ces histoires et qu’on transmet le flambeau, plus on laisse un héritage à ceux qui viendront après nous. Je pense que pour moi, animer ce podcast a simplement réaffirmé mon identité ou m’a simplement donné plus d’assurance en tant que Montréalaise noire anglophone. Savoir qu’il existe bel et bien une communauté qui a été là et qui continuera d’être là parce que des gens comme nous font ce travail. »

Owning Our Histories a été rendu possible grâce au gouvernement du Canada.

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